Le héros se rend après une longue et terrible traversée en mer, à la citadelle de son peuple où les dieux et les sages lui réservent les épreuves qui prouveraient une fois pour toutes qu'il était bien le héros tant attendu.
Cinq jours durant il parcourut la forêt entourant la citadelle sans rencontrer aucun Érudit. Inquiet il se rendit au coeur de la forêt pour y interroger le grand chêne, l'arbre du savoir, que l'on disait millénaire. Il n'eut point le temps de poser sa question car douze anciens bondirent depuis les branches où ils se cachaient, jusqu'au sol et vinrent encercler Brinbois. Comparés au colosse de deux mètres cinq ils paraissaient minuscules avec leur mètre cinquante, et fragiles, n'étant pas aussi fortement charpentés que le Sylvile. Mais leurs regards perçants trahissaient une vive intelligence et leurs corps fins une grande agilité. Le plus grand d'entre eux, celui qui semblait être leur chef s'avança et prit la parole.
-"Bonjour Brinbois, le chef des Érudits D'Izayla nous avait averti de ta venue. Nous t'avons préparé tout ce dont tu auras besoin dans ta quête, ainsi qu'un cadeau offert par les serviteurs de la forêt. Pour recevoir ces présents tu devras d'abord te purifier et accomplir les épreuves qui nous apporterons la preuve que tu es bien celui que nous attendions. Acceptes tu de te soumettre aux épreuves des dieux?
- Oui je l'acceptes!"
Ensembles ils prirent le chemin de Faëna où ils se reposèrent durant deux jours avant de s'en retourner un peu à l'est du lieu de leur rencontre. Alors un sage prit la parole.
-"Avant d'affronter les épreuves divines tu dois ici te purifier. Voici comment tu dois procéder. Escalades le plus grand arbre de cette forêt et baignes-toi dans la coupe que les branches et les feuilles forment au sommet. Cette coupe est emplie de l'eau issue de la fonte des neiges du Grand Glacier. Mais prends bien garde car si jamais tu te trompais tu périrais étouffé par les branches."
Brinbois repéra deux arbres d'environ cent soixante coudées de hauteur; ils semblaient parfaitement identiques mais seul l'un d'entre eux était le véritable arbre de la connaissance qui dans sa frondaison contenait le bassin de purification. L'autre n'était qu'une plante grimpante qui après avoir parasité un séquoia l'avait totalement recouvert et avait imité l'arbre béni afin d'attirer les héros qui avaient manqué de discernement. Il se banda les yeux avec un tissu de coton, s'assit dans la position du lotus et commença une méditation qui allait lui permettre d'entrer en contact avec l'esprit des plantes. Au terme d'une heure de recueillement il ôta son bandeau et se dirigea d'un pas décidé vers l'arbre à sa gauche. Il débutait son ascension et même s'il avait le pied sûr, il s'assurait qu'il ne causait aucun tort à quelque créature qu'elle fût. Plus il grimpait et plus il doutait, car depuis sa venue au monde il avait vu à plusieurs reprises les dangers, les ruses de l'ennemi. Les branches s'entrecroisaient et rendaient la progression difficile. Après maints efforts il parvint au sommet de l'arbre. Il ôta ses vêtements et s'immergea nu comme au premier jour dans la grande vasque remplie de l'eau la plus pure et la plus cristalline qui aie coulée sur le Premier Monde. Aussitôt il sentit une chaleur bienfaisante l'envahir et son esprit s'ouvrit à de nouvelles réalités. Dès qu'il eut fini ses ablutions il s'habilla et sauta du bassin au sol en toute confiance, s'aidant des branches que l'esprit des plantes avait placées sur sa trajectoire, pour ralentir sa descente. Il y parvint sans heurts.
-"Je te félicite dis Socronis. Tu vas maintenant subir les épreuves que les dieux t'ont réservé. Saches qu'elles seront harassantes et que tu subira chaque jour une épreuve et ce durant trois jours. Nous allons voir si tu es digne de l'héritage de tes ancêtres. Voici la première épreuve: dans cette forêt pousse un arbre qui ne respecte pas la Nature. Trouves le et abats le."
On lui tendit une hache, il s'en saisit puis brisa le manche sur sa jambe sous l'oeil impassible des Érudits avant d'expliquer:
-"Ce lieu est celui des Sylviles, celui du peuple des branches et des terrestres. Cette forêt comme les autres de ce monde n'est constituée que par les essences vitales des membres du peuple des forêts. Chaque arbre est la réincarnation d'un des fils de la forêt. Si ces bois existent ce n'est que grâce à la Grande Terre Mère, alors jamais je ne ferai quelque chose qui pourrait blesser ou priver un de mes frères, une de mes soeurs de son repos en le monde de Crone. Je refuse de toucher à un seul arbre de ce lieu.
Un sourire se dessina sur les lèvres du chef des Érudits de la Forêt des Âmes, ce lieu sacré dont il foulait le sol. Regardant Brinbois dans les yeux il ajouta:
-"Bravo jeune Sylvile, tu as réussi la première épreuve. En refusant d'abattre un arbre tu as prouvé que tu avais le plus grand respect pour la nature comme pour tes semblables. Et qu'ainsi tu étais digne d'être l'un des fils des forêts. Cette marque de respect t'ouvres la voie vers l'amitié de l'esprit des bois."
Ils se reposèrent et à l'aube se rendirent au grand lac central. Épervier Lunaire était prêt à affronter l'épreuve que lui avait préparé Sequana, déesse de l'eau.
On amena Brinbois sur les bords du lac où il s'était baigné peu avant et où étaient disposées deux statues parfaitement semblables, représentant un dragon d'eau. On demanda à Épervier Lunaire d'indiquer quelle était la statue qui serait rejetée dans le lac. Il apposa ses mains sur les sculptures, ferma les yeux et laissa ses mains ressentir les vibrations de la pierre. Il se remémora les souvenirs d'un de ses ancêtres Anthropis à qui on avait appris à reconnaître "les pierres qui vivent" et qui étaient les réincarnations des Anthropis, les fils de l'eau morts de leur seconde morts alors qu'ils étaient mammifères ou animaux marins. Lorsque le flots de souvenirs cessa il n'eut plus aucun doute. Il n'hésita pas et bandant ses muscles il souleva la lourde statue, fit quelques pas et la jeta à l'eau. Ensuite, se tournant vers Socronis il le regarda droit dans les yeux, certain d'avoir fait le bon choix. Ce qu'il y vit le conforta dans sa certitude. Le plus grand des Érudits s'adressa au jeune Sylvile en ces termes:
-"Bien joué, je vois avec plaisir que tu sais distinguer le vrai du faux, l'essentiel du superficiel, la réalité de l'illusion. Cette clairvoyance te seras d'une aide précieuse, mais n'oublies jamais que c'est à ton coeur et à ton instinct que tu dois te fier, non à ta tête. Car à trop réfléchir la mémoire s'émousse, le coeur s'assèche et on se fait duper. Tu dois également savoir que la moindre erreur de jugement peux mettre toute ta quête en péril."
Le lendemain, soit le troisième jour du cinquième mois de l'an mille six cent quatre-vingt seize de l'Age Sombre, la dernière épreuve aurait lieu au sud ouest du lac central.
Pour la troisième et ultime épreuve, Ketzal, le dieu du vent, voulait sa voir si cet être présenté comme le libérateur tant attendu aurait assez d'esprit et de volonté pour affronter toutes les difficultés qu'il allait rencontrer...
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